Parler de LOTUS a longtemps été synonyme de légèreté, de châssis affûtés et de plaisir de conduite pur avec le modèle Elise que nous avions eu l’occasion d’essayer. Avec l’Eletre, la marque de Norfolk (racheté par GEELY) bouscule pourtant tous ses codes. Premier SUV de l’histoire de LOTUS, 100 % électrique de surcroît, l’Eletre marque un tournant stratégique majeur pour LOTUS. Un virage à 180° osé, qui pourrait remettre en cause l’ADN de la marque. Eh bien non, nous avons été bluffés par cet Eletre!
L’ADN LOTUS toujours bien présent
Dès le premier regard, la LOTUS Eletre impose sa présence même dans cette version noire plus discrète. Large, garde au sol basse pour un SUV, sculptée par l’aérodynamique, elle affiche une silhouette résolument moderne. Les lignes sont tendues, agressives, presque futuristes. Les prises d’air omniprésentes à l’avant comme à l’arrière, les volets aérodynamiques et le travail minutieux sur les flux rappellent que LOTUS reste avant tout orienté vers la performance avec un Cx de 0,26 (bien en dessous des valeurs habituelles). Esthétiquement avec sa livrée « Carbon » (une option chère), l’Eletre est simplement magnifique.
La signature lumineuse avec ces feux effilés à l’avant et en forme de bandeau lumineux à l’arrière, confère à l’Eletre une identité forte, immédiatement reconnaissable. Les feux Matrix LED, dans la partie inférieure de la face avant, sont plutôt efficaces mais lors du croisement d’automobiles arrivant en face, ils peuvent montrer quelques couacs. Je suis quand même vraiment fan de cette face qui rappelle celle d’une LAMBORGHINI Urus. Malgré son gabarit imposant (plus de 5,1 mètres de long et 2,02 de large), la voiture parvient donc à conserver une certaine élégance sportive, loin des SUV anonymes. La moindre des choses est de reconnaître qu’elle attire tous les regards, à la façon d’une star, et fait tourner toutes les têtes.
Du fait de son gabarit à l’américaine, le premier contact est délicat. Les rues urbaines françaises sont parfois contraignantes et ne sont vraiment pas son dada, malgré les quatre roues directrices. Gare aux éraflures aussi bien pour les jantes que pour les bas de caisse et cela malgré la présence de toutes les aides à la conduite, les caméras et la vue 3D. L’accès aux parkings sous-terrains est également souvent à proscrire. A l’inverse, sur route ouverte, son gabarit apporte un gain de confort aussi bien pour les passagers que pour le conducteur. On se sent bien sur de longs trajets.
En parlant de gabarit, et pour illustration, le véhicule devait être stationné dans le sous-sol d’une résidence avec une place dans un box fermé pour notre essai. Le gabarit a fait qu’il a été possible d’entrer le véhicule dans le box mais il m’a été impossible d’ouvrir suffisamment la porte pour m’en extraire. La voiture a dû être stationnée sur une place standard. Au prix de cette auto, on peut cependant penser que les acheteurs n’auront pas ce type de problème.
Un habitacle technologique et haut de gamme
À bord, le changement de philosophie est tout aussi radical. Le constructeur a compris que pour jouer dans la cour des SUV haut de gamme, il fallait faire évoluer les standards. Fini le dépouillement extrême, l’Eletre entre de plain-pied dans le monde du luxe moderne. Matériaux nobles (cuir, Alcantara), assemblages soignés qui tombent à la perfection, éclairages d’ambiance personnalisables et écrans omniprésents composent un intérieur résolument premium. Rien ne manque ! On peut noter également la présence d’un toit en verre intelligent, avec des teintes variables, qui n’est pas ouvrant mais qui offre une grande luminosité dans l’habitacle. La sensation de confort est bluffante. Point notable, nous n’avons noté aucun bruit parasite dans l’habitacle, ce qui est gage de qualité.
Il faut également parler du côté audio qui est d’autant plus appréciable dans un modèle électrique. L’expérience d’écoute, développé par KEF, offre un son d’une haute-fidélité au travers des vingt-trois haut-parleurs. Assez fan d’audio, peu de véhicules ont pu m’offrir un son aussi pur et immersif. Assis dans les sièges ultra confortables et massants, le dolby Atmos apporte une impression d’être tranquillement installé dans une salle de cinéma. Parfait pour les périodes d’attente lors des recharges.
Face au conducteur, un écran fin et horizontal délivre les informations essentielles, tandis qu’une grande dalle centrale tactile pilote l’info-divertissement et toutes les informations et options accessibles. Le logiciel de bord est fluide et plutôt intuitif mais moins abouti que celui de Tesla qui reste la référence dans ce domaine. L’écran devant le conducteur n’est pour moi pas indispensable dès lors que le véhicule est équipé d’une vison tête haute bien plus lisible.
Les passagers arrière ne sont pas oubliés, avec leurs propres écrans et un confort digne des meilleures productions allemandes. Les places sont très généreuses, même pour des grands gabarits, et disposent des prises USB-C pour les divertissements ou la connexion de PC. Les voyages n’en seront que plus agréables. LOTUS a poussé la technologie jusqu’à supprimer les rétroviseurs pour les remplacer par des caméras numériques (en option). Ce type de caméra peut donner une sensation désagréable pour ceux et celles qui auraient des problèmes de « vision dynamique » que l’on retrouve dans les nouvelles attractions. De même, les écrans déportés dans les portes demandent un temps d’adaptation dans un monde ou les rétroviseurs « classiques » sont encore la norme. On peut donc parfois se faire surprendre lors des dépassements ou des changements de fil. Lors des conditions nocturnes et surtout pluvieuses, les reflets sur les caméras posent problème et limite le champ de vision. L’intérêt aérodynamique est probablement notable mais personnellement, ces caméras ne m’ont pas montré tout leur intérêt. LOTUS annonce une conduite autonome de niveau 4 avec toutes les aides à la conduite via des lidars. Nous n’avons pas pu essayer toutes ces aides lors de notre essai.
Le coffre est tout aussi bien fini avec un volume très généreux de 688 litres (pouvant aller jusqu’à 1.500 litres) mais on regrettera le coffre avant secondaire, le frunk, trop petit, habituellement très utile pour y positionner de petites fournitures comme des câbles de recharge. Petit plus très appréciable, la hauteur de caisse se baisse électroniquement pour faciliter le seuil de chargement. Au final, on finit par se demander pourquoi tous les véhicules n’en sont pas équipés tellement cette utilité est évidente.
LOTUS ne cache plus ses ambitions : rivaliser avec PORSCHE, MERCEDES, BMW sur leur propre terrain. Il faut reconnaître que le pari est largement gagné.
Des performances dignes des plus grandes sportives
Sous la carrosserie, la mécanique de l’Eletre impressionne. Proposée en deux versions (600 et 900), elle développe de 612 à 918 chevaux. Notre version d’essai, la 900 « Sport Carbon » dans sa déclinaison la plus radicale (avec ses deux moteurs) expédie le 0 à 100 km/h en 2,95 s et développe 935 Nm de couple. Une performance qui place ce SUV électrique dans le cercle très fermé des véhicules ultra-sportifs. Très peu de véhicules peuvent se vanter de développer une telle performance en dehors d’une TESLA Model X Plaid.
Mais ce qui fait la différence, c’est le travail sur le châssis et les différents modes d’ajustements possibles de la garde au sol entre « Off Road », « Range », « Tour », « Sport », « Track » et personnalisée (toutes les aides sont déconnectables). Avec une direction précise, des suspensions pilotées, des barres antiroulis actives, et malgré son poids conséquent, l’Eletre revendique un comportement dynamique fidèle à l’esprit LOTUS. Sur route sinueuse, elle surprend par son agilité et sa rigueur sans pour autant induire des mouvements de caisse parasites, rappelant que la marque n’a rien oublié de son savoir-faire. Le freinage est peut-être un peu juste dans certaines conditions pour arrêter les 2.800 kilogrammes. Pour cela, LOTUS propose (en option à 11.800 €) des freins carbone céramique. Sur autoroutes ou sur les nationales, comme toutes les électriques, la puissance donne une impression de linéarité ininterrompue dès que l’on veut lâcher les chevaux.
Une autonomie limitée
L’Eletre annonce une autonomie dépassant les 500 kilomètres (cycle WLTP) selon les versions. Dans sa version de base, elle en revendique 600 quand sa version Sport est à seulement 500 kilomètres avec une batterie Nickel Manganèse Phosphate de 112 kW/h (ce qui impacte le poids). C’est là peut-être le talon d’Achille de ce modèle. En effet et comme tout le monde le sait, la norme WLTP est bien trop optimiste et indépendante des saisons. Lors de notre essai routier nous avons atteint un peu plus de 420 kilomètres soit une consommation de plus de 30 kW/100 km. A titre de comparaison et juste pour donner un ordre de grandeur (le gabarit étant diffèrent), une TESLA Model 3 est à seulement 15 kW/100 km. Cette consommation ne sera pas un problème pour une utilisation au quotidien dès lors que l’on peut recharger à domicile sur une borne à 7 kW (minimum). Mais pour de longs trajets sur autoroute à 130 km/h, il faudra s’armer de patience avec plusieurs arrêts à prévoir. Grâce à une architecture électrique en 800 volts, l’Eletre pourra cependant compter sur une recharge ultra-rapide à 350 kW qui permet de récupérer une grande partie de sa capacité en une vingtaine de minutes environ sur des bornes à forte puissance, trop peu nombreuses malheureusement. La puissance de chargement est un argument clé pour séduire une clientèle exigeante qui utilise ce type de véhicules pour de longs trajets.
LOTUS entre dans une nouvelle ère et devient presque une nouvelle marque
La LOTUS Électre n’est pas une LOTUS comme les autres. Elle est le symbole d’une marque qui se réinvente, sans renier totalement son ADN. Certes, les puristes grinceront des dents face à ce SUV électrique, loin de l’Elise originelle. Mais l’Eletre n’a pas vocation à remplacer ces sportives mythiques. Elle doit assurer une nouvelle philosophie et le virement dans le haut de gamme que la marque LOTUS a choisi.
En ce sens, le pari est parfaitement réussi et nous a enchanté. Un petit regret quand il a fallu rendre le véhicule : on prend vite goût aux bonnes choses. Audacieuse, technologique et performante, la LOTUS Eletre ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de la marque. Un chapitre électrique, luxueux et assumé, qui prouve que l’on peut évoluer sans perdre son âme. On regrettera juste son prix qui à 180.000 €, avec les options, l’oriente vers un public élitiste ce qui réduira indéniablement les volumes de vente.
Stéphane PEREZZAN (15/10/2025)