La voiture d’exception n’est plus seulement un objet de passion que l’on admire dans son garage ou que l’on sort lors d’un week-end ensoleillé. Elle est devenue, pour de nombreux collectionneurs, un véritable actif patrimonial, nécessitant un niveau de suivi, de sécurité, de traçabilité et de services comparable à celui de l’art, de l’horlogerie ou de l’immobilier de prestige. C’est précisément sur cette évolution profonde du marché que CARSUP a bâti son modèle depuis 2019.
Notre visite ce matin au sein de CARSUP, accompagnée d’un échange avec son fondateur et CEO Samuel Lelarge, a permis de mieux comprendre la singularité de cette entreprise française devenue l’un des acteurs européens de référence de la conciergerie automobile haut de gamme. Fondée en France, CARSUP gère aujourd’hui plus de 2 000 véhicules d’exception, représentant plus de 400 millions d’euros d’actifs, à travers un réseau de 25 conciergeries en France et en Europe.
Un marché en pleine mutation
Le marché de la voiture de collection et de prestige connaît depuis plusieurs années une transformation structurelle. La valeur des modèles les plus désirables a fortement progressé, les propriétaires conservent davantage leurs véhicules, et les automobiles rares sont de plus en plus considérées comme des actifs de long terme. Selon les données communiquées par CARSUP, l’écosystème mondial des véhicules de collection représenterait entre 80 et 90 milliards d’euros de revenus annuels, dont plus de 40 milliards consacrés aux services récurrents : gardiennage sécurisé, maintenance, restauration, logistique spécialisée, assurance ou encore expériences lifestyle.
Cette évolution change profondément la manière d’appréhender la possession d’une automobile d’exception. Là où l’on parlait autrefois essentiellement de passion mécanique, de plaisir de conduite ou de collection personnelle, il est désormais aussi question de conservation, de valorisation, de suivi documentaire, de sécurité et de liquidité de l’actif.
Samuel Lelarge résume cette évolution avec une idée forte : « le véhicule d’exception est devenu un objet collectionnable dont la valeur perdure, mais qui exige désormais le même niveau de suivi que les autres composantes d’un patrimoine privé. C’est dans cet espace, encore très fragmenté et peu digitalisé, que CARSUP entend jouer un rôle structurant ».
Une réponse à un besoin très concret des propriétaires
La promesse de CARSUP tient en une idée simple : permettre au propriétaire de profiter de son véhicule sans en subir les contraintes. Posséder une Ferrari, une Porsche, une Aston Martin, une Lamborghini, une McLaren ou tout autre modèle d’exception peut vite devenir complexe. Il faut trouver un lieu de stationnement sécurisé, organiser l’entretien, surveiller l’état du véhicule, gérer les contrôles, anticiper les réparations, assurer correctement l’auto, la déplacer, la préparer avant une sortie, voire accompagner une revente ou une acquisition.
CARSUP propose une approche intégrée couvrant l’ensemble du cycle de vie du véhicule : gardiennage sécurisé, maintenance, restauration, transport, convoyage, accompagnement à l’achat ou à la vente, assurance spécialisée, mais aussi expériences automobiles réservées aux clients du réseau, comme des rallyes, des journées circuit ou des événements privés.
Ce positionnement de “guichet unique” est au cœur du modèle. Le client ne s’adresse plus à une succession de prestataires indépendants, mais à une plateforme capable de centraliser les besoins, de les historiser et de les piloter dans la durée.
La sécurité, pilier central du modèle CARSUP
Lors de notre visite, l’un des éléments les plus frappants tient à l’importance accordée à la sécurité. CARSUP ne se contente pas de proposer un simple parking couvert ou un lieu de stockage discret. La société met en avant une approche complète mêlant surveillance humaine, technologie de tracking, confidentialité et procédures internes.
La sécurité physique repose notamment sur une surveillance opérée par des salariés de l’entreprise, avec des rondes nocturnes et une présence humaine qui complète les dispositifs techniques. Des caméras intelligentes permettent une levée de doute rapide, avec un objectif de réaction en moins d’une minute en cas d’alerte.
La société a également développé une solution de double tracking. Un premier traceur, relié à la batterie, assure un suivi continu du véhicule et permet d’envoyer des alertes en cas de mouvement suspect. Un second tracker autonome, dissimulé et placé en veille, peut être activé en cas de vol. Cette redondance technologique répond à une réalité préoccupante : la hausse des risques de vol ciblé et de home-jacking, notamment pour les propriétaires de véhicules très visibles ou très valorisés.
Dans cette logique, la conciergerie CARSUP devient aussi une alternative au stockage à domicile. Elle permet aux propriétaires de ne pas exposer leur collection, de préserver leur confidentialité et de limiter les risques liés à la présence de véhicules de grande valeur dans une résidence privée.
Une plateforme digitale au service de la traçabilité
La différence CARSUP ne repose pas uniquement sur son réseau physique. L’entreprise a investi depuis sa création dans une plateforme technologique propriétaire, pensée pour transformer la gestion d’un véhicule d’exception en expérience digitale complète.
Depuis l’application, le propriétaire peut suivre l’historique d’entretien, les contrôles techniques, les interventions réalisées, l’état de propreté du véhicule ou encore les rapports générés à chaque manipulation par un opérateur. L’objectif est de documenter précisément la vie du véhicule, tout en offrant au client une vision claire et instantanée de son patrimoine automobile.
Cette traçabilité devient un élément essentiel dans la valorisation d’une voiture de collection. L’historique, les conditions de conservation, les interventions réalisées, les kilomètres parcourus et la qualité du suivi peuvent avoir un impact direct sur la valeur d’un modèle. CARSUP applique ici à l’automobile d’exception des logiques déjà observées dans l’art ou l’horlogerie : plus l’actif est documenté, entretenu et suivi, plus sa valeur est préservée.
La société va même plus loin avec le développement d’une intelligence artificielle propriétaire d’estimation. Celle-ci doit permettre de suivre dynamiquement la valeur patrimoniale des véhicules et d’établir une trajectoire de valorisation en fonction de leur état de conservation. CARSUP présente cette approche comme une alternative aux cotes généralistes, souvent peu adaptées aux modèles rares, personnalisés ou à forte dimension historique.
Une logique d’asset management automobile
L’un des aspects les plus intéressants du modèle CARSUP réside dans ce glissement progressif de la conciergerie vers l’asset management automobile. L’entreprise ne se contente plus d’héberger et d’entretenir des voitures. Elle accompagne des propriétaires dans la gestion d’un portefeuille automobile.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les collectionneurs possédant plusieurs véhicules. CARSUP permet de visualiser la valeur globale d’un parc, de suivre l’évolution de chaque modèle, d’anticiper les interventions, d’optimiser les coûts d’assurance et de préparer d’éventuelles opérations d’achat ou de revente.
Le parallèle avec d’autres classes d’actifs de passion est évident. Une montre de collection, une œuvre d’art ou une voiture rare ne valent pas seulement par leur marque ou leur esthétique. Leur valeur dépend de leur authenticité, de leur état, de leur documentation, de leur historique et de leur marché. CARSUP ambitionne de structurer ces informations pour donner aux propriétaires une lecture plus fine et plus professionnelle de leur patrimoine roulant.
L’assurance, autre sujet stratégique
La question assurantielle est un autre point clé. Les contrats classiques sont souvent mal adaptés aux véhicules d’exception, en particulier lorsque leur valeur augmente avec le temps ou lorsque leur coût de réparation dépasse largement les standards du marché.
CARSUP propose, via des partenaires spécialisés comme Chubb ou Hiscox, des offres d’assurance pensées pour ces usages spécifiques. Le modèle repose notamment sur une approche de flotte : un propriétaire qui possède plusieurs véhicules ne les utilise évidemment pas tous simultanément. Cette logique peut permettre de réduire significativement les coûts d’assurance, parfois de les diviser par deux ou trois selon les cas évoqués dans la présentation.
Surtout, l’assurance peut être construite autour de la valeur d’expertise réelle du véhicule, et non d’une valeur standardisée parfois déconnectée de la réalité du marché. Pour des automobiles rares, restaurées, personnalisées ou fortement appréciées, cette précision est déterminante.
Une activité également tournée vers l’achat et la vente
CARSUP intervient aussi dans les transactions, mais sans se transformer en négociant traditionnel. L’entreprise fonctionne avec des traders internes, présents localement, qui accompagnent les clients sous mandat de recherche ou de vente. La société n’achète pas directement de stock, ce qui évite de mélanger conseil, conservation et intérêt commercial direct.
Ce positionnement d’intermédiaire est cohérent avec l’ensemble du modèle : CARSUP connaît les véhicules, leur historique, leur état, leur usage et parfois leur valeur d’expertise. Elle dispose donc d’informations précieuses pour accompagner un propriétaire qui souhaite céder un modèle ou en acquérir un autre.
Les synergies avec les réseaux officiels sont également importantes. CARSUP collabore avec de grandes marques de prestige, notamment Ferrari, Porsche, Aston Martin, Lamborghini ou McLaren. Pour les distributeurs, la conciergerie peut lever certains freins à l’achat : manque de place, contraintes d’entretien, sécurité ou difficulté de gestion d’un parc déjà important.
Des chiffres qui confirment la solidité du modèle
CARSUP revendique aujourd’hui une position de leader européen. L’entreprise gère plus de 2 000 véhicules pour une valeur totale supérieure à 400 millions d’euros. Son parc compterait notamment environ 700 Porsche et 500 Ferrari, ce qui lui donne une légitimité importante auprès des réseaux de marques et des collectionneurs.
Le modèle économique semble également avoir franchi un cap. CARSUP annonce plus de 70 % de revenus récurrents en 2025, un taux limité à 5 % de clients qui ne renouvellent pas leurs services chaque année, ainsi qu’un EBITDA positif sur l’exercice 2024-2025. La société met également en avant un Net Promoter Score de 84 %, signe d’un haut niveau de satisfaction client dans un univers où l’exigence est particulièrement élevée.
Autre indicateur révélateur : entre 2023 et 2025, le volume moyen de services mensuels délivrés par voiture aurait été multiplié par vingt. Ce chiffre illustre la montée en puissance de la plateforme et la capacité de CARSUP à détecter davantage de besoins autour de chaque véhicule.
Quant aux tarifs, ils figurent tous sur la plateforme web https://www.carsup.io/ et débutent à 300€ par mois pour un emplacement dans Paris intra muros.
Un actionnariat de prestige et des ambitions internationales
CARSUP bénéficie également d’un actionnariat de référence, avec notamment la présence de la famille Ferrari et de la famille Pastor. Les fondateurs conservent une majorité relative, ce qui permet à l’entreprise de préserver sa vision tout en s’appuyant sur des investisseurs capables d’accompagner son développement.
L’Europe constitue aujourd’hui le socle de croissance de CARSUP, mais les ambitions dépassent déjà ce cadre. De nouvelles implantations européennes sont à l’étude, tout comme le marché nord-américain, identifié par Samuel Lelarge comme une étape naturelle de développement à court terme.
La société expérimente également un modèle de franchise, avec un enjeu majeur : accélérer le déploiement sans dégrader la qualité de service. Dans un métier aussi sensible, où la confiance, la confidentialité et l’exécution opérationnelle sont essentielles, la croissance ne peut se faire qu’à condition de maintenir des standards très élevés.
Une conciergerie, mais surtout une nouvelle manière de posséder une automobile d’exception
Ce que révèle la visite de CARSUP, c’est finalement une transformation plus large du rapport à l’automobile de prestige. Le propriétaire ne cherche plus seulement un garage sécurisé. Il attend une solution complète, capable de préserver la valeur de son véhicule, de simplifier son usage, de le protéger, de l’entretenir, de l’assurer et de l’intégrer dans un écosystème d’expériences.
CARSUP répond à cette évolution en combinant trois dimensions rarement réunies dans ce secteur : un réseau physique, une expertise automobile et une plateforme digitale. Le modèle peut sembler très contemporain, presque inspiré de la gestion d’actifs, mais il repose sur une réalité très concrète : une voiture d’exception qui dort mal, qui roule peu, qui n’est pas suivie ou dont l’historique est incomplet peut perdre une part importante de sa valeur ou devenir source de contraintes.
À l’inverse, un véhicule conservé dans de bonnes conditions, entretenu de manière proactive, documenté et assuré à sa juste valeur devient un patrimoine vivant, que l’on peut continuer à utiliser, transmettre ou céder dans de meilleures conditions.
Conclusion
Avec CARSUP, la conciergerie automobile change d’échelle. L’entreprise française ne se contente pas de proposer un service premium à des propriétaires exigeants. Elle participe à la structuration d’un marché encore éclaté, où la donnée, la sécurité, la maintenance, l’assurance et la valorisation deviennent des enjeux centraux.
La rencontre avec Samuel Lelarge confirme cette vision : la voiture d’exception reste avant tout une affaire de passion, mais elle entre désormais dans une nouvelle ère, celle de la gestion patrimoniale automobile. Dans ce contexte, CARSUP apparaît comme l’un des acteurs les mieux placés pour accompagner cette mutation, en Europe aujourd’hui, et peut-être demain sur d’autres grands marchés internationaux.
Fabrice DUMAS (juillet 2026)