Dans un paysage automobile dominé par l’électrification massive, les SUV et l’omniprésence des écrans, certaines voitures font de la résistance : la MAZDA MX-5 RF est de celles-là.
Depuis plus de trente-cinq ans, le petit roadster japonais suit une trajectoire unique, presque à contre-courant. Là où tout a changé, elle reste fidèle à ses origines. Et c’est précisément ce qui fait sa force. Depuis son lancement en 1989, la MX-5 s’est imposée comme une référence mondiale du roadster. Elle détient d’ailleurs un record emblématique : celui du roadster le plus vendu au monde, avec près de 1,2 million d’exemplaires produits. Une performance remarquable, qui repose sur une recette simple mais redoutablement efficace.
Plus surprenant encore : génération après génération, la MX-5 a refusé de grossir. À rebours de la tendance générale, elle conserve un gabarit compact, presque minimaliste. Une rareté aujourd’hui.
Une héritière directe des roadsters britanniques
Pour comprendre la MX-5, il faut remonter à la naissance même de son concept. Le modèle puise directement son inspiration dans les roadsters britanniques des années 1950 et 1960 : de petites voitures légères, simples et accessibles, pensées avant tout pour le plaisir de conduite.
La recette était alors limpide : un poids contenu, une propulsion, une boîte manuelle, un moteur vif sans être excessif et surtout une connexion presque instinctive entre le conducteur et la route. MAZDA a repris cette philosophie en y ajoutant ce qui faisait souvent défaut à l’époque : la fiabilité et la rigueur industrielle japonaises. Cette quatrième génération de la MAZDA MX-5 perpétue parfaitement cet esprit, tout en répondant aux exigences modernes en matière de qualité perçue, de finition et de robustesse.
Dès l’installation à bord, le ton est donné : la position de conduite est basse, enveloppante, presque fusionnelle. Le volant, fin et parfaitement dimensionné, évoque immédiatement les sportives des années 1960 et renforce cette sensation de lien direct avec la machine.
Le concept RF : entre coupé et cabriolet
Avec la version RF (Retractable Fastback), MAZDA a su faire évoluer son modèle sans en dénaturer l’esprit. Visuellement, le design reste fidèle au modèle, avec des lignes fluides et dynamiques.
Cette déclinaison apporte une vraie personnalité en ajoutant une touche de maturité et de modernité. Sous certains angles, la ligne évoque presque celle de coupés plus prestigieux, notamment avec son long capot. Grâce à son toit rigide escamotable, qui s’ouvre en seulement douze secondes, elle combine l’élégance d’un coupé avec le plaisir du cabriolet. Concrètement, cela signifie que l’on peut profiter d’une conduite à ciel ouvert dès que les conditions le permettent, tout en bénéficiant d’une meilleure isolation et d’un sentiment de confort accru.
Lors de notre essai nous avons pu ressentir ces sensations lors d’un instant simple, mais révélateur : une balade matinale sur les quais de Seine, à 7 h, toit ouvert, sièges chauffants activés, avec la lumière du lever de soleil éclairant Paris. Preuve que la MX-5 RF ne se limite pas aux sorties du week-end et peut transformer un trajet quotidien en expérience très agréable.
Une mécanique volontairement à l’ancienne
Sous le capot, notre version est équipée d’un 1,5 litre de 132 chevaux de type quatre cylindres en ligne seize soupapes. Sur le papier, les chiffres peuvent sembler modestes mais avec un poids contenu autour de 1.100 kilogrammes, la MX-5 RF n’a pas besoin de plus pour procurer du plaisir tout en assurant une consommation raisonnable.
Le moteur se montre progressif et surtout très expressif dans les hauts régimes. Il faut aller le chercher, le faire vivre. Une approche qui rappelle clairement les GTI des années 80. La boîte manuelle à six rapports joue ici un rôle central. Courte, précise, presque mécanique dans son maniement, elle transforme chaque changement de vitesse en plaisir.
Et au centre du tableau de bord, un détail fait mouche : un compteur à aiguille. Simple, lisible, vivant. À l’heure du tout numérique, cette présence analogique apporte une véritable authenticité.
Face à la TOYOTA GR86 : deux visions du plaisir
Dans le segment des sportives accessibles à propulsion, la comparaison avec la TOYOTA GR86 est inévitable. La GR86 propose une approche légèrement différente. Plus puissante (234 chevaux), équipée d’un moteur de 2,4 litres, elle offre des performances supérieures en ligne droite. Elle dispose également de deux petites places arrière, ce qui la rend un peu plus polyvalente. Mais cette polyvalence a un prix : un poids plus élevé et une expérience de conduite un peu moins “pure”. Là où la GR86 excelle comme sportive du quotidien, la MX-5 RF se distingue par son côté minimaliste et immersif.
La différence la plus marquante reste l’expérience à ciel ouvert. Rouler décapoté transforme complètement la perception de la vitesse, des sons et des sensations. C’est un élément que la GR86, en tant que coupé, ne peut pas offrir.
En résumé, la GR86 est une excellente sportive polyvalente, tandis que la MX-5 RF est une voiture de passion, pensée avant tout pour le plaisir immédiat.
Une voiture qui se ressent plus qu’elle ne se mesure
Ce qui fait la force de la MX-5 RF, ce n’est pas seulement sa fiche technique mais ce qu’elle procure réellement sur la route. Dès les premiers kilomètres, une sensation étonnante apparaît : celle de rouler plus vite qu’en réalité. À 70 km/h, on a l’impression d’être à 90 km/h. Un décalage d’environ 20 km/h, qui s’explique par la position basse, la légèreté et l’exposition directe à l’environnement.
La position de conduite participe pleinement à cette immersion. Elle est si basse et compacte qu’un détail surprend : une fois installé, il est possible de toucher le pneu arrière gauche. Une anecdote, certes, mais qui illustre parfaitement le lien physique entre le conducteur et la voiture.
Sa légèreté et sa répartition des masses lui confèrent une agilité remarquable. Dans les virages, la voiture se montre vive, précise et communicative. On ressent le train avant précis et l’arrière joueur sans l’être de trop.
Des compromis assumés
La MX-5 RF n’est ni une voiture familiale, ni une grande routière. Pourtant, les sièges en cuir de notre version offrent un excellent compromis entre confort et maintien, suffisamment convaincant pour envisager des trajets plus longs sans appréhension.
L’espace intérieur reste logiquement restreint : pas de places à l’arrière et un coffre aux dimensions limitées. Des concessions pleinement assumées par MAZDA, qui préfère concentrer ses efforts sur l’essentiel : le plaisir de conduite et la légèreté de l’ensemble.
Cette quatrième génération intègre bien sûr les équipements modernes attendus, mais sans tomber dans l’excès. On retrouve notamment le CarPlay sur un écran de 8,8 pouces, avec une particularité : par défaut, l’écran tactile devient inactif une fois la voiture en mouvement. Il est toutefois possible de conserver la fonction tactile en roulant, à condition d’activer cette option dans les réglages lorsque le véhicule est à l’arrêt. Sinon, la navigation passe par la molette centrale, située sur la console. Un fonctionnement qui peut surprendre au départ mais qui devient rapidement naturel à l’usage.
La MAZDA MX-5 RF n’est pas une voiture comme les autres : c’est aussi une véritable communauté. Lors de notre passage au Youngtimers Festival, les 18 et 19 avril, organisé sur le mythique Autodrome de Linas-Montlhéry, une chose est apparue comme une évidence : l’attachement à ce modèle reste intact. Toutes générations confondues, la MX-5 attire, rassemble et crée du lien. Un phénomène devenu rare dans l’automobile moderne. Lors de notre essai, nous avons constaté de nombreux sourires et avons eu beaucoup d’échanges spontanés. Comme si chaque propriétaire, chaque passionné, faisait naturellement partie d’une même famille.
La MX-5 RF est une voiture de passionné, qui ne cherche pas à impressionner sur une fiche technique, mais à laisser une empreinte à chaque kilomètre parcouru. Dans un monde automobile de plus en plus aseptisé, elle rappelle que conduire peut encore être une expérience sensorielle et profondément humaine.
Stéphane HIVET (04/05/2026)