Il y a encore quelques années, associer le badge M à une voiture électrique aurait fait sourire les puristes. Chez BMW, cette lettre évoque avant tout des six cylindres en ligne rageurs et des échappements travaillés. Pourtant, la firme de Munich a franchi le pas avec l’i4, sa première « Gran Coupé » tout électrique estampillée M Performance. Au sommet de la gamme, la version M60 xDrive succède à l’ancienne M50 : deux moteurs électriques, une transmission intégrale et surtout 601 chevaux lorsque la fonction Sport Boost est activée. Sur le papier, de quoi faire rougir bon nombre de sportives thermiques. Une question se pose alors : le plaisir de conduire, marque de fabrique de la maison, a-t-il survécu à l’électrification ? Nous avons eu la réponse au volant durant notre semaine d’essai sur un parcours d’environ 1.000 kilomètres partagé entre ville, autoroute et routes départementales.
Une « Gran Coupé » qui ne cherche pas à se cacher
Au premier regard, rien ne distingue vraiment l’i4 d’une Série 4 « Gran Coupé » thermique. C’est un choix assumé par BMW : pas de design futuriste, mais une silhouette élancée de coupé cinq portes, avec un hayon bien pratique au quotidien.
La calandre et ses « haricots » verticaux font toujours débat. Sur l’i4, elle est obturée et reçoit des grilles horizontales en noir brillant avec le badge M. La lame aérodynamique M, les coques de rétroviseurs noires et les étriers de freins M Sport rouges rappellent qu’il ne s’agit pas d’une version ordinaire.
Notre modèle d’essai, dans une teinte bleu violacé métallisée, était chaussé de jantes de 19 pouces au dessin aérodynamique. Bicolores, noir brillant et alliage usiné, elles laissent apparaître les étriers rouges et participent largement au caractère de la voiture. En série, la M60 se contente de jantes de 18 pouces. Avec ses options, notre version d’essai affichait un tarif de 99.980 €, soit plus de 21.000 € d’options par rapport au prix de base.
Un habitacle réussi
A bord, le grand écran incurvé regroupe l’instrumentation de 12,3 pouces et l’écran central de 14,9 pouces. L’affichage est très réussi : lisible, réactif et parfaitement intégré à la planche de bord. La finition est typique de BMW : sérieuse, sans fausse note.
Le volant M gainé cuir est un vrai coup de cœur. Bien dessiné, agréable au toucher, il tombe parfaitement sous les mains.
Bonne surprise : BMW a conservé de nombreux boutons physiques sur la console centrale, autour de la molette de commande. A l’heure où beaucoup de constructeurs misent tout sur le tactile, c’est un vrai confort d’utilisation en roulant.
L’affichage tête haute est bien présent. On aurait toutefois aimé pouvoir le personnaliser et y afficher les données de notre choix.
Côté musique, le système Hi-Fi Harman Kardon est toujours aussi sublime. Un vrai plaisir sur les longs trajets, d’autant plus que le silence de fonctionnement de l’électrique le met parfaitement en valeur.
A l’arrière, la ligne fuyante du pavillon se fait sentir et les grands gabarits toucheront vite le plafond. Le coffre de 470 litres, qui passe à 1.290 litres banquette rabattue, reste en revanche très correct pour un usage familial.
Autre regret : l’absence de coffre avant. En ouvrant le capot, on découvre uniquement des éléments techniques et aucun espace de rangement. Beaucoup de voitures électriques proposent aujourd’hui un « frunk », ce petit coffre situé à l’avant, bien pratique pour ranger les câbles de recharge. Sur une berline familiale de ce prix, c’est dommage. Les câbles finissent donc dans le coffre arrière, au détriment du volume disponible pour les bagages.
601 chevaux, et après ?
Sous la carrosserie, chaque essieu reçoit un moteur électrique. En temps normal, la puissance est déjà largement suffisante. Mais en activant le Sport Boost, la M60 libère 601 chevaux et 795 Nm de couple.
Le 0 à 100 km/h est alors expédié en 3,7 secondes et la vitesse maximale est limitée à 225 km/h. Des chiffres qui la placent au niveau de la M3 Touring que nous avions essayée l’an dernier, la bande-son en moins.
Car c’est bien là que le bât blesse pour un amateur de mécanique. BMW propose bien les IconicSounds Electric, une sonorité de synthèse qui accompagne les accélérations. Dommage qu’il n’y ait pas d’ambiance sonore différente en fonction du mode de conduite choisi. En mode Sport, on attendait une bande-son plus présente. Cela manque.
Au volant, la voiture se montre très réactive et très puissante. La moindre pression sur l’accélérateur propulse les 2,3 tonnes avec une facilité déconcertante. Les dépassements deviennent une formalité.
Elle en devient même presque trop puissante pour une berline utilisée au quotidien. En ville ou sur une départementale chargée, il est difficile d’exploiter ne serait-ce qu’une partie de son potentiel. Il faut savoir garder le pied léger.
Une tenue de route qui fait oublier le poids
Avec 2.285 kilogrammes à vide, l’i4 M60 pèse lourd : plus de 300 kilogrammes de plus que la M3 Touring. Les ingénieurs de BMW ont donc dû faire preuve d’ingéniosité.
La batterie, placée sous le plancher, abaisse le centre de gravité. Les suspensions SelectDrive et la direction à démultiplication variable permettent de garder une voiture précise et stable. La transmission intégrale assure une motricité remarquable, même sur route humide.
Le résultat est bluffant. Sur routes sinueuses, la tenue de route est excellente : la voiture reste stable, précise et rassurante. On oublie très vite les kilogrammes embarqués.
En ville et sur autoroute, l’i4 M60 se montre également très agréable. Le silence de fonctionnement et le confort de suspension en font une grande routière de premier ordre.
Le freinage régénératif permet de conduire presque exclusivement avec la pédale d’accélérateur en ville. Dommage en revanche qu’il n’y ait pas de palettes au volant pour gérer les modes de récupération, comme le proposent certains concurrents.
Autonomie et recharge
La batterie offre une capacité nette de 81,1 kWh. BMW annonce une autonomie WLTP comprise entre 434 et 551 kilomètres, pour une consommation mixte de 16,6 à 20,9 kWh/100 km.
C’est là le vrai plus de l’i4 M60. Malgré sa puissance, elle s’est montrée sobre tout au long de nos 1.000 kilomètres d’essai, avec une moyenne de 19,7 kWh/100 km affichée par l’ordinateur de bord. Une valeur qui reste dans la fourchette annoncée par BMW, malgré une conduite parfois dynamique. Pour une voiture de ce gabarit et de cette puissance, c’est une belle performance, qui permet d’envisager sereinement les longs trajets.
Côté recharge, l’i4 accepte jusqu’à 205 kW sur borne rapide et il faut compter environ trente minutes pour passer de 0 à 80 %.
Une sportive électrique crédible
Fabriquée à Munich, la BMW i4 M60 xDrive est proposée à partir de 78.950 € TTC. Un tarif élevé, mais qui échappe au malus CO2 contrairement à ses cousines thermiques.
L’i4 M60 ne remplace pas une M3 et ne cherche pas à le faire. Elle propose une autre forme de sportivité, plus discrète et plus facile à vivre au quotidien.
Pour ceux qui souhaitent passer à l’électrique sans renoncer aux performances, ni à l’autonomie, BMW signe ici une proposition convaincante. Le plaisir de conduire est toujours là. Il a simplement changé de voix.
Stéphane HIVET (10 octobre 2026)