L’arrivée des véhicules électriques et leur essor à marche forcée bouleversent nécessairement le paysage automobile « classique »… Certes les grands constructeurs européens dominent encore pour l’instant leurs marchés, mais la menace, en particulier en provenance de l’Asie, ne cesse de progresser. Pour preuve l’arrivée du constructeur vietnamien VINFAST sur notre territoire. Connu pour son VF8, il propose aujourd’hui un nouveau modèle VF6 sous la forme d’une berline compacte qui vient tout droit concurrencer notre RENAULT Mégane « nationale ». Il ne nous en fallait pas plus pour prendre le volant de ces deux modèles et vous proposer ce comparatif. C’est dans leur finition haut de gamme « Plus » pour laVF6 et « Iconic » pour la Mégane que nous avons eu l’occasion de confronter les deux véhicules.
VINFAST vous connaissez ?
On ne présente plus la marque RENAULT sur notre territoire, mais connaissez-vous la marque VINFAST ? Le développement de l’industrie électrique fait émerger des acteurs qui ne produisaient pas de véhicules thermiques auparavant. C’est le cas de la marque VINFAST née au Vietnam. Si vous avez eu l’occasion d’aller visiter ce fabuleux pays, vous avez d’ores et déjà croisé de nombreux modèles de la marque, en particulier la VF8 qui équipe une majorité de taxis locaux dans les grandes villes. Après un demi-succès de ses premiers modèles commercialisés dans l’Hexagone, la marque vietnamienne revient à la charge avec un modèle plus compact, la VF6, à vocation clairement urbaine et péri-urbaine, et toujours totalement électrique.
Un style extérieur proche : Avantage RENAULT
Si la Mégane confirme une certaine élégance dans sa ligne, la VF6 n’est pas en reste et est aussi agréable à regarder. Que ce soit dans l’une ou dans l’autre, on affiche haut et fort son appartenance à la marque avec un losange présent sur la calandre et la malle arrière pour la Mégane, et un logo en forme de V de la même manière sur la calandre et la malle arrière pour la VF6.
Dans la même veine, les lignes des véhicules sont réussies avec une belle courbure générale et une rondeur qui les rendent très esthétiques, mais qui cependant dans un cas comme dans l’autre, limitent fortement la visibilité arrière avec une custode très peu haute.
A noter, que la VF6 propose un large toit panoramique qui inonde l’habitacle, là où la Mégane ne propose rien d’équivalent, même en option, ce qui est un peu dommage à notre goût. A iso espace intérieur, ces grands toits vitrés très prisés par les constructeurs permettent d’augmenter sensiblement la sensation de volume habitable pour les occupants.
Un accueil soigné mais une approche différente : Avantage VINFAST
Comme nous vous le confiions lors de notre essai du RENAULT Scenic, RENAULT a fait le choix d’une transition douce du thermique à l’électrique, et on le ressent également quand on se glisse derrière le volant de la Mégane qui reprend les mêmes caractéristiques que son aîné. On retrouve face à soi un premier écran sur lequel on peut paramétrer les affichages (compteurs digitaux, consommation, trajet, radio, autonomie, rappel du guidage – y compris Waze quand vous avez connecté votre téléphone en mode Carplay – Android ou Iphone).et une grande tablette verticale qui reprend toutes les commandes paramétrables. Juste en dessous, on peut poser son portable sur un chargeur, le tout est très bien pensé, tout trouve sa place et la finition en « piano black » du plus bel effet, même si un peu salissante à la longue avec des traces de doigt inévitables.
Sur le volant on retrouve les commandes de régulateur et le petit bouton rond à droite vous permettant de basculer entre les modes « éco », « confort » ou « sport ». Des palettes sont également disposées derrière le volant pour augmenter ou diminuer le frein moteur et la régénération associée des batteries. A noter d’ailleurs, que notre modèle d’essai ne bénéficiait pas encore du mode « one pedal » qui permet de freiner le véhicule dès que vous relâchez la pédale d’accélérateur et ce, désormais jusqu’à l’arrêt complet (cela vient juste d’être annoncé en termes d’évolution par le constructeur) ? Au final côté droit vous disposez des quatre commodos dans la profondeur : commande d’essuie-glace, palette pour augmenter la régénération, commande de la radio, levier de vitesses… Beaucoup à notre goût ce qui nuit d’une part à trouver la bonne commande du premier coup et qui esthétiquement parlant n’est pas du meilleur aloi.
Côté VINFAST, on a choisi naturellement un mode beaucoup plus épuré, plus en rupture l’ancien monde, ce qui n’est pas une surprise puisque VINFAST n’est apparu qu’à l’occasion de l’avènement de l’électrique. Devant soi, on découvre donc une planche de bord fort agréable à l’œil avec un bandeau plutôt bien trouvé en faux cuir, qui transmet une certaine chaleur intérieure. Notre modèle gris métallisé à l’extérieur disposait ainsi d’un intérieur bi-ton gris / marron et de ce bandeau imitation cuir qui fait sans nul doute son effet. On retrouve un grand écran central horizontal de 12,9 pouces, et au contraire de TESLA, la VF6 en finition Plus, dispose d’un affichage tête haute bienvenu et fort pratique. De manière assez originale, les commandes de passage de vitesses sont des touches bien physiques placées à la base de la console centrale… Un peu déconcertant au début, mais on s’y fait assez vite.
Une grosse différence sur la balance : Avantage RENAULT
Avec des dimensions très proches, ces deux compactes jouent clairement dans la même catégorie. Leur vocation est de s’adresser aux personnes cherchant avant tout un véhicule permettant de circuler en milieu urbain et péri-urbain tout en permettant quelques escapades en famille le week-end.
Pour les week-end, on regrette globalement la contenance des deux malles arrière qui sont assez étroites et peu faciles à charger. La priorité a été donnée à l’habitabilité et de ce côté, les deux concurrentes sont également très proches. Le confort est présent sur les deux véhicules.
En dynamique, la Mégane s’avère très douce, là où la VF6 se montre un peu plus trépidante, surtout aux places arrière. La grosse différence de poids y est certainement pour quelque chose (plus de deux tonnes pour la VF6 contre 1.700 kg pour la Mégane). En termes de vélocité, la Mégane prend également le dessus avec ses 220 chevaux, et en mode « sport », elle affiche des performances vraiment intéressantes. La VF6 n’est pas non plus totalement en retrait avec des accélérations et reprises vives, mais moins sportives. Ceci étant, leur usage plus familial n’est pas choquant sur ce point.
Côté tenue de route, vous êtes sur des rails avec la Mégane qui freine bien, s’inscrit dans le virage et autorise une bonne accélération en sortie de courbe. La VF6, de manière assez surprenante, est un peu plus piégeuse avec un train avant plus vite pris en défaut pour peu que vous accélériez un peu trop tôt en sortie de virage. Un peu de vigilance s’impose en particulier si la chaussée n’est pas parfaitement sèche. Plus homogène, la Mégane tire clairement son épingle du jeu dans ce domaine de la tenue de route.
Sur le freinage, le toucher de pédale de la VF6 est un peu mou à notre goût (c’est souvent le cas sur les véhicules électriques où on préférerait plus de mordant). Au contraire de la Mégane, le freinage régénératif ne peut se régler que par l’interface central, ce qui fait in fine, qu’on ne le règle pas ! Le système de palettes que propose la Mégane, permet de mieux adapter son mode de conduite en dynamique.
Equipement, vous êtes gâtés : égalité
Sur le plan de l’équipement, les deux modèles dans leur finition haut de gamme (Iconic et Plus) sont très bien équipés, et il est difficile de donner un quelconque avantage à l’une ou à l’autre. A l’utilisation, nous avons particulièrement apprécié le système d’info divertissement de la VF6 qui s’avère très didactique : chaque aide à la conduite fait l’objet d’une petite animation vous expliquant la teneur de l’aide que vous pouvez activer ou non. Assez utile pour les néophytes qui peuvent se perdre dans les acronymes ou les noms peu inspirants dont sont affublées certaines aides. Dans le même état d’esprit, le mode autonome de type 2 est disponible sur les deux véhicules, mais c’est celui de la VF6 qui nous est apparu plus précis et plus agréable à l’usage.
Autonomie, trop courte dans les deux cas : égalité
En guise d’autonomie, les deux véhicules disposent d’une batterie de 60 kW et leurs consommations sont très proches. Les capacités de puissance et de temps de recharge également. Les chiffres WLTP, de l’ordre de de 400 kilomètres, restent à notre sens trop courts pour aborder de longs parcours autoroutiers : vous ferez à 130 km/h environ 200 kilomètres entre deux recharges et c’est définitivement trop peu. En revanche, sur leur terrain de jeu habituel, ce n’est pas sur l’autonomie respectable que l’un ou l’autre se démarquera.
Budget : avantage VF6
Sur le plan budgétaire, la RENAULT bénéficie (actuellement mais jusqu’à quand ?) d’un bonus écologique de 2.000 € ce qui limite la différence de prix entre les deux modèles à 3.000 € quand même. D’ailleurs le constructeur vietnamien en guise de conquête du marché, propose une location longue durée agressive avec donc une excellente valeur de reprise. Dans un marché qui favorise ce type de contrat pour acquérir un véhicule électrique, cette offre procure à la VF6 un avantage concurrentiel certain par rapport à la Mégane. Elément à prendre en compte aussi lors de l’achat, le réseau VINFAST est encore naissant par rapport au réseau RENAULT. Si vous habitez loin d’une grande ville, c’est une donnée à considérer avant de vous porter acquéreur.
Victoire : RENAULT Mégane
Au final, cette confrontation a tenu toutes ses promesses. D’une courte tête, la RENAULT Mégane l’emporte face à une concurrente VINFAST VF6 qui ne démérite pas, bien au contraire, mais qui s’avère un peu moins homogène au global. Si vous avez un budget ultra serré, vous vous dirigerez plus facilement vers la VF6, dans les autres cas, la Mégane remportera votre suffrage. En tout état de cause, vous vous trouverez au volant de deux véhicules électriques réussis pour peu que vous ne franchissiez le pas, face à une offre où l’hybride semble remporter actuellement plus de succès.
Fabrice DUMAS (mars 2025)