Cela fait quelques temps que KIA n’avance plus à tâtons dans l’électrique, la marque s’attaque désormais aux bulldozers du domaine. Lancée dès 2014 dans l’électrification, elle aligne aujourd’hui une gamme capable de couvrir presque tous les segments du marché. Après le crossover EV4, l’imposant EV9 et en attendant les futurs EV2 et EV5, c’est désormais l’EV3 qui débarque sur le marché européen. Un SUV compact, stratégique, conçu pour jouer dans la cour des grands.
KIA EV3 : l’électrique qui n’a pas peur de déranger
Avec ses 4,30 mètres de long, son moteur électrique de 204 chevaux logé à l’avant et ses deux batteries de 58 et 81,4 kWh, l’EV3 se positionne pile au centre du segment le plus disputé. C’est la version grande autonomie en finition GT-Line que nous avons testée. Son autonomie est de 563 kilomètres, en finitions Air ou Earth elle revendique 605 kilomètres en cycle mixte WLTP. Un chiffre record dans la catégorie, et clairement pas un hasard si l’EV3 a été sacré « World Car of the Year 2025 » lors du Salon de New York, par un jury de 96 journalistes internationaux. Après l’EV9 en 2024, KIA signe un doublé historique. Reste une question essentielle : est-ce que la promesse tient sur la route ?
Un design qui tranche net
Dans un marché où les SUV électriques finissent par tous se ressembler, l’EV3 joue la carte de l’audace. Ici, pas de lignes molles ni de rondeurs fades dictées uniquement par l’aérodynamique. KIA assume un style fort, presque brutal. L’EV3, c’est un EV9 miniaturisé, aux formes cubiques, aux arêtes adoucies juste ce qu’il faut, mais sans jamais perdre son caractère.
De profil, le look baroudeur saute aux yeux. Les arches de roues noires brillantes musclent la silhouette. À l’avant, le regard acéré, presque animal, impose une vraie signature visuelle. Notre version d’essai, équipée de jantes semi-pleines de 19 pouces et de poignées affleurantes, soigne son Cx de 0,26. Dans la moyenne du segment, mais avec bien plus de personnalité, l’EV3 ne cherche pas à plaire à tout le monde. Et c’est précisément ce qui fait sa force.
À bord : de l’espace, du calme, du sérieux
KIA joue une autre partition dans l’habitacle. L’ambiance est épurée, lumineuse, reposante. La finition GT-Line de notre modèle d’essai renforce cette sensation de bien-être immédiat. L’espace surprend, surtout au regard du gabarit extérieur, et les sièges, confortables et bien dessinés, font rapidement oublier les longs trajets.
La console centrale posée au sol libère l’espace et améliore la circulation à bord. La table coulissante, désormais fixe, se montre bien plus pratique que l’ancien système escamotable. Les rangements sont nombreux, logiques, et vraiment exploitables : grandes bouteilles, appareils électroniques, petit sac, tout y passe. Les inserts en tissu et l’éclairage d’ambiance LED bicolore apportent une touche chaleureuse, loin des intérieurs froids et impersonnels de certains concurrents.
La dalle numérique de 30 pouces impressionne visuellement. Trois écrans, trois fonctions : 12,3 pouces face au conducteur pour les informations essentielles, 5,3 pouces pour la climatisation, et 12,3 pouces pour l’infodivertissement et la navigation. L’ensemble est fluide, réactif, moderne. Seule ombre au tableau : une ergonomie 100 % tactile qui demande encore quelques concessions face à de bons vieux boutons physiques. Signée par Harman Kardon, la sonorisation audio à huit haut-parleurs ravira les amateurs de son haute-fidélité. Dommage qu’elle soit exclusivement réservé à la finition GT-Line.
À l’arrière, l’EV3 fait mieux que beaucoup de SUV compacts. Avec un empattement de 2,68 mètres, équivalent à celui du Sportage, l’espace est digne d’un segment supérieur. Le coffre affiche 460 litres, extensibles à 1.250 litres une fois la banquette rabattue. Bonus appréciable : le « Frunk » (coffre avant) de 25 litres est parfait pour y ranger les câbles de recharge.
Une traction qui va droit au but
Avec 204 chevaux et 283 Nm de couple, l’EV3 n’a rien d’un sportif pur, et il ne le cache pas. Son terrain de jeu, c’est le confort et l’agrément de conduite. Le 0 à 100 km/h en 7,7 secondes est largement suffisant pour s’insérer, doubler et rouler sereinement. Pas de sensations inutiles, mais de l’efficacité là où on l’attend.
On peut regretter la pédale d’accélérateur parfois trop abrupte, manquant de progressivité. En revanche, le nouveau système i-Pedal 3.0 fait mouche. Grâce aux palettes au volant, le conducteur ajuste le niveau de récupération d’énergie à sa guise. En mode maximal, la conduite à une seule pédale devient un vrai plaisir en ville.
Les suspensions privilégient clairement le confort. Résultat : un roulis perceptible en conduite dynamique. Une suspension pilotée aurait permis de franchir un cap, mais KIA a fait un choix clair. L’EV3 préfère le bien-être à la performance pure.
Autonomie : le verdict sans filtre
Sur notre parcours mixte, la consommation moyenne s’est établie à 17,7 kWh/100 km. Un chiffre très proche des 16,2 kWh/100 km WLTP annoncés par le constructeur, malgré une température extérieure autour de 10 °C et l’utilisation de la pompe à chaleur.
Dans la vraie vie, l’EV3 délivre 459 kilomètres d’autonomie en usage mixte, et environ 340 kilomètres sur autoroute, avec une consommation autour de 24 kWh/100 km. Pas de miracle, mais pas de mensonge non plus.
Basée sur la plateforme E-GMP en 400 V, l’EV3 n’atteint pas les vitesses de charge des EV6 et EV9 en 800 V. La puissance maximale de 128 kW en DC reste correcte : 10 à 80 % en trente et une minutes. En courant alternatif, comptez environ dix heures pour une recharge complète à 11 kW.
Prix : cher ? Pas forcément
L’EV3 démarre à 36.490 € en autonomie standard. Notre version GT Line 81,4 kWh grimpe à 46.790 € hors options. Ajoutez la teinte vert pastel (700 €), le Pack DriveWise Park (1.000 €), le Pack Park Inspiration (2.200 €) et la pompe à chaleur (1.550 €), et la facture s’alourdit.
En se limitant sur les options, le KIA EV3 grande autonomie vient se positionner face au TESLA Model Y, pourtant issu d’un segment supérieur. L’ambition de l’EV3 est avant tout de rivaliser avec les références du segment, telles que la RENAULT Mégane E-Tech ou le PEUGEOT e-2008, ce dernier apparaissant technologiquement moins bien doté.
S’il n’est pas le plus abordable de sa catégorie et ne bénéficie pas du bonus écologique en raison de sa fabrication en Corée du Sud, le KIA EV3 se distingue par un rapport prix/équipements compétitif. En version Air grande autonomie, il reste accessible via une offre de location longue durée avoisinant les 340 € par mois sur quarante-neuf mois et 40.000 kilomètres, sans apport.
Verdict
Le KIA EV3 n’est pas un outsider. C’est un prétendant sérieux, ambitieux et assumé. Il ne cherche pas à être consensuel, il cherche à gagner. Et vu la copie rendue, le titre de Voiture Mondiale de l’Année 2025 n’a rien d’un hasard.
Jean-Pierre LO-HIVE (07/12/2025)