Il y a un an, la RENAULT 4 E-Tech nous refaisait le coup de la 4L : une bouille attachante, une promesse de simplicité et un capital sympathie difficile à égaler. Pour 2026, RENAULT pousse le curseur nostalgie encore plus loin en ressuscitant l’esprit « Plein Sud », ce fameux toit en toile coulissant qui faisait le bonheur des vacanciers dans les années 60. Sauf qu’aujourd’hui, il coiffe une citadine électrique de 150 chevaux, vendue plus de 35.000 €. Alors, gadget rigolo ou vraie bonne idée ? On a creusé les deux versions, chiffres et sensations à l’appui, pour vous aider à trancher.
Un air de famille : de la Plein Air 1968 à la Plein Sud 2026
L’idée n’est pas neuve. Dès 1968, RENAULT avait décliné sa 4L en version cabriolet, la « Plein Air », reprenant les finitions et le petit moteur 5 CV de la Parisienne. L’engouement fut de courte durée : le modèle disparaît discrètement du catalogue dès 1970, victime d’un marché encore trop confidentiel pour ce genre d’exercice de style. Cinquante-six ans plus tard, RENAULT rejoue la partition avec des arguments nettement plus solides : une plateforme électrique moderne, un demi-siècle d’ingénierie textile en plus, et surtout un contexte où le style néo-rétro initié par la R5 électrique a déjà prouvé qu’il pouvait se vendre par dizaines de milliers d’exemplaires. La Plein Sud n’est donc pas qu’un clin d’œil marketing : c’est le pari que la nostalgie, correctement dosée, reste un argument commercial en 2026.
Une gamme repensée pour 2026
Avant de comparer les deux versions Iconic qui nous intéressent, un rapide point sur la gamme complète s’impose, tant elle s’est étoffée. La 4 E-Tech se décline désormais en deux familles de motorisation : « l’Urban Range », avec une batterie de 40 kWh et un moteur de 90 kW (120 chevaux) pour une autonomie WLTP annoncée « supérieure à 300 kilomètres », et la « Comfort Range », avec sa batterie de 52 kWh et son moteur de 110 kW (150 chevaux) qui vise « jusqu’à 400 kilomètres ». Trois niveaux de finition structurent l’ensemble : Evolution, Techno et Iconic.
| Version | Prix indicatif hors bonus |
| Urban Range (40 kWh) – Evolution | 29.990 € |
| Comfort Range (52 kWh) – Evolution | 33.490 € |
| Comfort Range (52 kWh) – Techno | 35.490 € |
| Comfort Range (52 kWh) – Iconic | 37.490 € |
| Techno ou Iconic Plein Sud | + 1.800 € |
Premier enseignement : la toile ouvrante n’est réservée qu’à la version la plus musclée de la gamme (150 ch/52 kWh), et seulement à partir de la finition Techno. Impossible donc de rouler décapoté avec l’entrée de gamme Urban Range : RENAULT a choisi de réserver ce plaisir un peu chic à une clientèle qui met déjà plus de 33.000 € sur la table.
RENAULT 4 E-Tech Iconic : la valeur sûre
La version Iconic, c’est la 4 E-Tech dans sa configuration la plus aboutie, toit rigide et compteur au complet. Sur la variante Comfort Range (52 kWh, 150 ch), elle revendique jusqu’à 400 kilomètres d’autonomie WLTP, un 0 à 100 km/h en moins de 8,5 secondes, une vitesse maximale de 150 km/h et une recharge rapide en courant continu qui permet de récupérer de 15 à 80 % en une demi-heure sur une borne de 100 kW. Rien de spectaculaire sur le papier face à certaines citadines premium, mais tout ce qu’il faut pour un usage polyvalent, du trajet domicile-travail à l’escapade de week-end.
Côté gabarit, la 4 E-Tech reste une citadine raisonnable : 4,14 mètres de long, 1,80 mètre de large, 1,57 mètre de haut pour 2,62 mètres d’empattement, avec une garde au sol de 18,1 centimètres qui autorise quelques incartades sur chemin non goudronné. Le coffre affiche 420 litres selon la fiche constructeur (339 litres selon la norme VDA, plus stricte, mais comparable d’une version à l’autre), et grimpe à 1.405 litres banquette rabattue — de quoi voir venir pour les courses ou les vacances.
Côté équipement, l’Iconic ne fait pas semblant : aide au stationnement avant/arrière/latérale, conduite semi-autonome de niveau 2, hayon motorisé mains libres, sièges et volant chauffants, jantes dix-huit pouces « Parisienne » et un double écran 10 + 10 pouces pilotant le système multimédia openR Link avec Google intégré, complété par la commande vocale « Hey, Reno ». À l’intérieur, l’ambiance reste toutefois plus fonctionnelle que festive : on pointe des plastiques durs dans le bas de caisse et une ambiance « plutôt austère » comparée à la promesse du design extérieur. Les commandes de climatisation restent heureusement physiques, un point que beaucoup d’automobilistes apprécieront face à la mode du tout-tactile.
Facturée 37.490 € hors bonus dans cette configuration (soit 1.800 € de moins que l’équivalent Plein Sud), c’est la version raisonnable de la gamme : celle qui coche toutes les cases sans faire de concession ni sur l’autonomie, ni sur l’espace à bord, et qui reste éligible à l’intégralité des aides, mais sans le petit supplément d’exotisme de sa sœur découvrable.
RENAULT 4 E-Tech Iconic Plein Sud : le vent dans les cheveux, sans complexe
Et voilà la vedette du jour. La Plein Sud reprend intégralement la mécanique de l’Iconic classique — même moteur de 150 chevaux, même couple de 245 Nm, même traction avant, même 0 à 100 km/h en 8,2 secondes — mais coiffe l’ensemble d’une toile rétractable électrique signée Webasto, structurée en trois replis. Résultat : une ouverture béante de près d’un mètre carré (92 x 80 cm) qui se découvre ou se referme en moins de dix secondes, à condition de rouler à moins de 90 km/h.RENAULT a pensé aux détails : la toile est à double épaisseur pour l’isolation, et un filet saute-vent placé au-dessus du pare-brise est livré de série pour limiter les remous jusqu’à 80 km/h. Le train avant se montre précis, le châssis n’a, sans surprise, pas bougé d’un iota. Le système Extended Grip, hérité du reste de la gamme, offre même une motricité correcte sur chemin glissant, cohérent avec la garde au sol généreuse de la belle. Au-delà de 90 km/h en revanche, les turbulences se rappellent au bon souvenir des passagers arrière, qui trinquent les premiers ; les bruits de vent deviennent perceptibles dès 80 km/h.
La facture mécanique de ce plaisir reste étonnamment légère : seulement dix-neuf kilogrammes de surpoids (1.462 kilogrammes au total), pour un renfort de caisse et le mécanisme de toile, et deux centimètres de moins en hauteur que la version à toit rigide. La contrepartie se paie ailleurs : quatre centimètres de garde au toit en moins à l’arrière, une autonomie WLTP qui tombe à 392 kilomètres (soit dix-sept de moins que le toit rigide, aérodynamique oblige). Dans le détail, vous pourrez parcourir environ 385 kilomètres en conduite éco urbaine, 346 kilomètres en usage mixte modéré et seulement 240 kilomètres sur autoroute à 120 km/h. Et surtout, un unique choix possible côté motorisation, la version 150 ch/52 kWh : pas d’entrée de gamme ici, la Plein Sud n’est disponible qu’en finitions Techno et Iconic. Le coffre, lui, ne bouge pratiquement pas : toujours 420 litres, complétés par un petit double fond bien pensé pour ranger les câbles de recharge. En revanche, pas de frunk sous le capot avant, un manque que l’on peut regretter sur une citadine électrique.
Côté ambiance intérieure, la Plein Sud hérite des mêmes limites que sa sœur à toit rigide : sellerie façon « jean » sympathique visuellement, mais plastiques durs et ambiance jugée austère en partie basse, sans la touche de couleur ou de lumière qu’on aurait pu attendre d’une version aussi solaire. Petit bémol : la qualité d’image moyenne de la caméra de recul, en retrait par rapport à ce qu’on attend sur ce segment de prix.
Côté budget, il faut compter 39.290 € hors bonus en finition Iconic (35.670 € prime à la conversion déduite), soit 1.800 € de plus que la version à toit rigide équivalente. Un supplément qui se justifie surtout par l’absence totale de concurrence directe : aucune citadine électrique du marché — ni la FIAT 500e Cabrio, ni la MINI Cooper SE, ni l’ALPINE A290 — ne propose aujourd’hui de toit ouvrant de cette ampleur. Sur ce point précis, la Plein Sud joue seule.
Pour qui ? Deux tempéraments, deux usages
L’Iconic classique s’adresse naturellement à ceux qui veulent une citadine électrique complète, utilisable toute l’année sans arrière-pensée : trajets domicile-travail, autoroute pour aller voir la famille, transport des enfants et de leurs affaires sans craindre pour l’autonomie ou pour l’habitabilité arrière. C’est la 4 E-Tech dans ce qu’elle a de plus rationnel — celle qu’on recommande sans hésiter à quelqu’un qui n’a qu’une seule voiture au foyer.
La Plein Sud, elle, s’adresse à un profil plus précis : un second véhicule, ou un premier véhicule pour qui vit dans une région où l’on peut rouler toit ouvert huit mois sur douze. On ne l’achète pas pour l’autonomie sur autoroute ni pour le silence à 130 km/h, mais pour ces trajets du quotidien transformés en petit plaisir : la route qui longe la mer, le marché du samedi matin, le retour de plage avec le sable encore entre les doigts de pied. C’est une voiture d’humeur autant qu’une voiture de raison.
Alors, laquelle choisir ?
Difficile de départager les deux sur des critères purement rationnels, tant elles partagent la même base mécanique et la même personnalité. L’Iconic classique reste le choix logique pour qui veut la meilleure autonomie et un usage sans compromis, toute l’année, sur tous les terrains. La Plein Sud, elle, s’adresse à ceux qui achètent une 4 pour ce qu’elle représente autant que pour ce qu’elle fait : un supplément d’âme, une capote qui rappelle les étés d’enfance, quitte à sacrifier quelques kilomètres d’autonomie, un frunk qu’on n’aura jamais, et à garder un œil sur le compteur de vitesse une fois la toile ouverte. Sur les routes de Provence, par une belle journée de printemps, on sait laquelle des deux fera le plus tourner les têtes — reste à savoir si votre trajet du lendemain passe par l’autoroute ou par la corniche.
Fabrice DUMAS (septembre 2026)